par Moustic

Expédition de la Baie d'Hudson

Churchill, Manitoba ("Rupert's Land")
été 1782

Introduction

En 1782, Après l'echec naval des Saintes et la capture de Grasse par Rodney, Louis-Philippe de Vaudreuil (commandant en second) rentre à Boston sur le Triomphant avec le reste de la flotte. C'est dans cette ville qu'il ordonne à l'amiral La Pérouse l'attaque des postes de l'Hudson Bay Compagny dans les terres de Rupert.

Il s'agit d'un projet ancien, les forces françaises sont regroupées à Haïti. Elles ont pour missions la détruction par surprise les forts anglais de collecte de fourrures de la baie d'Hudson.
Afin de préserver le secret, dans des Antilles remplies d'espions, on sous équipe l'expédition contre le froid et on réduit le créneau nautique de navigation dans la baie d'Hudson.

Lapérouse et ses 350 hommes auront à lutter contre le froid et les maladies, mais les britanniques ne devraient pas offrir une trop forte résistance.

Vaisseau de guerre de 74 canons

Force en presence

"Armée" Britannique

Fort Prince de Galles

80 hommes environ, dont 38 civils et quelques Amérindiens
Royal Regiment of Artillery et 42 canons

York Factory

xx hommes environ, dont xx civils et quelques Amérindiens

Armée Française (250 soldats)

Détachements des régiments d'Armagnac et d'Auxerrois
Détachement du corps royal d'infanterie de la Marine
Détachement des Canonniers-Bombardiers de Saint-Domingue
Ingénieurs des colonies

Flotte (100 marins)

1 Vaisseau de guerre  de 74 canons Le Sceptre
2 Fregates de 36 canons L'Astrée et L'Engageante

1 Côtre Le Severn (pris aux britanniques)

Officier du régiment d'Armagnac

Chronologie

l’expédition de la baie d’Hudson : 30 mai 1782 au 12 octobre 1782

Lapérouse est chargé de ce raid, dont le but est de dévaliser les lucratifs établissements anglais de la baie. Il commande le vaisseau Sceptre (74 canons), son ancien navire l'Astrée (36 canons) est confié à son ami Fleuriot de Langle et l'Engageante (une seconde frégate de 26 canons) au lieutenant de vaisseau le marquis André Charles de la Jaille.

le 31 mai

Le Sceptre et l'Astrée sortent de la rade du Cap-Haïtien, ainsi que l'Engageante détachée de l'escadre qui mouille dans la rade.

Le 3 juillet

Les trois bateaux passent le Labrador dans les icebergs. Un épais brouillard rend la navigation difficile, il est facile de de perdre les autres.

Les 17-18 juillet

L'escadre a connaissance de l'île de la Résolution, située au milieu de l'entrée du détroit d'Hudson et pénétre dans le détroit. Elle fait à peine vingt lieues, que les glaces lui ferment le passage. Des interstices lui permette de s'engager. Brumes et glaces augmentent le danger, elle reste plusieurs jours sans pouvoir faire route.

Le 23 juillet

Les hommes sont à terre sur l'île de Baffin, ils rencontrent les Esquimaux et font du commerce pour acquérir des fourrures et de l'habillement chaud. Puis ils naviquent dans la Baie de l'Hudson vers le sud-ouest.

Le 8 août au soir

Si les Français arrivent en force, c'est parce que le fort Prince de Galles, est de taille à décourager toute tentative. C'est le seul fort en pierre de l'océan Artique, mais il ne dispose que de 80 hommes pour faire fonctionner 42 pièces d'artillerie !
Par une chaude journée d’août, les trois navires arrivent à l'embouchure de la rivière Churchill. La petite garnison de l'Hudson Bay Compagny est surprise par l'apparition de voiles Française au large de la pointe Eskimo. Le lendemain matin, les troupes de Lapréouse débarquent sans obstacle et Samuel Hearne, commandant du fort, est sommés de capituler. Malgré ses formidables défenses, le fort avec la batterie du cap Merry tombe sans même le son du canon.
Face au 290 soldats français et au vaiseau de 74 canons, le vétéran Samuel Hearne a la sagesse de se rendre. Le Severn un côtre britannique est lui aussi capturé.

Le 24 août

Lapérouse se dirige vers York Factory, à l'embouchure des fleuves Nelson et Hayes, et lance une attaque massive ses hommes. Humphrey Marten, aperçoit les navires français qui approchent et embarque rapidement les stocks de fourrures sur le King George, avec Matthew Cocking qui réussit à s'échapper par mer, d'autres hommes s'enfui par terre avec quelques armes et munitions. Humphrey Marten avec la complicité de Matthew Cocking sauve ainsi les biens de York, mais ne peut en faire autant pour le fort, qui est réduit en cendres. Humphrey est fait prisonnier, jusqu'en 1783.

Le 1 Septembre

L'occupation des deux places fortes, s'achève avec le départ des trois navires français et du navire anglais de la baie d'Hudson, après avoir embarqué les fourrures, le convoi quitte les restes du fort York par le nord. Car, avant le départ, Lapérouse à ordonné à ses hommes de saper les murs, de faire sauter les bâtiments et d’enclouer les canons. Il aura fallu quatre décennies pour construire le fort York et une demi-journée pour le détruire.

Le  12 septembre

Après avoir repassé le détroit de l'hudson le 8 septembre, le convoie se fractionne au large de l'île de la résolution. Hearns à bord du Severn navigue pour Stromness (Orkney) prisonnier sur parole en angleterre, Fleuriot de Langle commande l'Astrée vers Brest et Lapérousse avec le marquis de la Jaille prend le chemin du port espagnole de Cadix avec Le Sceptre et l'Engageant.

Le 13 Octobre

Lapérouse arrive dans le port de Cadix avec les deux bateaux. Les marins et militaires Français sont épuisés, un grand nombre d'entre-eux a été malade du scorbut.

Epilogue

Cette opération coute aux britanniques plusieurs milliers de livres et la récolte des fourrures, et attire l'attention sur Lapérouse qui aura besoin de crédibilité pour ses futur voyage : capacités nautiques, militaires et respect de l'ennemi (il a laissé aux anglais, armes et nourritures, pour ne pas mourir de faim et de froid, lors de l'hivernage). Le bilan humain est plus contéstable, presque cent hommes sont morts sur les trois bateaux, les conditions ont été si désagréables que Lapérouse a presque admis que la destruction des forts est à peine justifié.
En 1783, le navire de la compagnie arrive, et Hearne rebâtit le poste de traite des fourrures, Churchill Factory, à huit kilomètres en amont des vestiges du fort Prince-de-Galles, abandonné jusqu'en 1933. Depuis, le Canada à fait déterrer et remonter les canons, réparer les murs et fait du fort partiellement restauré un site touristiques.
Haïti - Port-au-Prince

Baie de l'Hudson

fort Prince de Galles

fort York (York Factory)

Personnages

Samuel Hearne (°1745, Londres, +1792)

Explorateur et commerçant de fourrures
En 1766, il entre à la Compagnie de la baie d'Hudson.
En 1770, il quitte le fort prince de Galles en compagnie de Matonabee (un chef Chipewyans qui se suicida, quand les Français eurent détruit le fort en 1782) et traverse à pied des terres hostilles jusqu'au lac Alcantara, puis vers le nord jusqu'à la rivière Coppermine. Son expédition de dix-neuf mois est peu fructueuse.
En 1774, il fait construire Cumberland house à Saskatchewan (lac Goose) un poste de traite afin de contrer les commercants canadiens indépendants de Montréal.
En 1776, il est nommé commandant du fort Prince-de-Galles, qu'il céde aux Français en 1782.
En 1787, Malade et critiqué pour son manque de fermeté, il se retire en angleterre et écrit ses mémoires.

"A Journey from Prince of Wales's Fort in Hudson's Bay to the Northern Ocean", publié trois ans après sa mort est un succès.

Jean-François de Galaup de Lapérouse (°1741, Albi, +1785)

Explorateur et officier de la marine
En 1756, il entre dans les garde marine à Brest.
De 1757 à 1763, il participe à la guerre de sept ans, il est blessé puis prisonnier des Anglais de 1759 à 1762.
En 1764, il est promu enseigne de vaisseau.
De 1772 à 1778, il sert aux Antilles puis dans l'océan Indien, où il sauve le comptoir de Mahé assiégé par un prince local.
En 1778, il est promu lieutenant de vaisseau et reçoit la croix de Saint-Louis.
En 1779, il rejoint la flotte de l’amiral d’Estaing et participe à la bataille des Antilles.
En 1780, il est capitaine de vaisseau, à bord de l’Astrée, il capture, avec La Touche-Tréville, deux bâtiments anglais près de l’Ile royale.
En 1782, il s’empare et détruit des forts du Prince-de-Galles et d’York (baie d’Hudson).
En 1785, il est nommé capitaine de vaisseau. Il part de Brest pour une expédition de découverte dans le Pacifique, avec les navires la Boussole et l'Astrolabe.
En 1788, il est vraisemblablement tué par les indigènes dans l’île de Vanikoro, après avoir fait nauffrage.

Humfrey Marten (°1729, Angleterre, +1792)

Agent principal de la Hudson’s Bay Company
En 1750, il est engagé par l'Hudson Bay Company, à titre de commis aux écritures à York Factory (Manitoba).
En 1763, il est second puis agent principale au fort Albany (Fort Albany, Ontario).
En septembre 1775, il est promu agent principal d’York.
De 1781 à 1782, une épidémie de petite vérole décima autochtones et chasseurs de castors.
De 1782 à 1783, il est prisonnier en France, après la reddition d’York, devant les forces françaises du comte de Lapérouse.
En 1786, il prend sa retraite à Rupert’s Land.

Matthew Cocking (°1743, York, Angleterre, +1799, York)

Agent principal de la Hudson’s Bay Company et explorateur
En 1765, il entre dans l'Hudson’s Bay Company. En 1770, il est nommé second à York.
De 1772 à 1773, Cocking se porte volontaire pour aller à l’intérieur des terres et explora la région de la rivière Saskatchewan.
De 1774 à 1775, il ne parvient pas à aider Samuel Hearne à Cumberland House. Mais explore les lacs Winnipeg et Witch.
En 1775, il prend le commandement de Cumberland House, succédant à Hearne.
En 1777, Cocking est en fonction à Severn House.
De 1781 à 1782, il assure le commandement de fort York en l'absence d'Humphrey Marten
(malade). En août 1782, Marten revint et releva Cocking juste avant la capture de York par le comte de Lapérouse. Cocking s’embarqua pour l’Angleterre le 24 août, sur le King George, avec un chargement de fourrures et déjoua les forces françaises.

Manitoba (Rupert's Land)

Population

La tribu nomade des Assiniboines fut parmi les premières à habiter le territoire manitobain. On y trouvait aussi les Cris, les Sioux, venus de l'Est avec la migration des bisons et des caribous. Fait unique au Canada, le nord de la province a été colonisé avant le sud. Des Européens à la recherche du fameux passage du Nord-Ouest sont arrivés au Manitoba par la baie d'Hudson dès 1612. En 1690-91, Henry Kelsey, agent aux services de la compagnie de la baie d'Hudson, explora le nord du Manitoba depuis la baie d'Hudson jusqu'à Le Pas sur la rivière Saskatchewan. Plus tard, en 1733, La Vérendrye partit de la Nouvelle-France pour explorer la région de la rivière Rouge et de la rivière Winnipeg et construisit plusieurs forts dans la région du Winnipeg actuel.

Compagnie de la baie d'Hudson

La Compagnie de la Baie de l'Hudson est la plus ancienne compagnie commerciale à capital-actions du monde anglophone. Établi à Londres à l'origine et de façon intermédiaire à Winnipeg (Manitoba), son siège social est aujourd'hui situé à Toronto (Ontario).
C'est sous l'instigation de deux canadiens-français, Pierre-Esprit Radisson et Médard Chouart des Groseilliers, qu'elle est fondé en 1670. Les deux coureurs des bois déçues par les taxes de la métropole, se retourne vers l'angleterre, le roi Charles II valide la société de commerce des fourrures, par une charte. Elle porte le nom de Company of Adventurers of England (Compagnie des aventuriers d'Angleterre). Son premier président fut le prince Rupert.
La société traversa les âges, malgré la Bataille des sept chênes qu'elle mena contre la Compagnie du Nord-Ouest (fondée en 1782 à Montréal et financé par des marchands Ecossais). Les deux compagnies furent rapidement en concurrence, allant jusqu'aux armes, avant de fusionner en 1821. L’important commerce de l’Angleterre avec l’ouest du pays, fourrures et approvisionnement local, fut alors détourné par la route plus courte de la baie d’Hudson.

Fort Prince-de-Galles

En 1717, James Knight construit un poste permanent près de l'embouchure de la rivière Churchill. En 1731, par crainte des attaques maritimes Française, la compagnie entreprend la construction d'un fort de pierre sur la pointe Eskimo. On opte pour un édifice à la Vauban, la construction dure plus de 40 ans. Les murs extérieurs du fort mesurent 6,5 m de haut et font 11 m d'épaisseur, les canons sont montés dans les embrasures le long du parapet et l'entrée principale est équipé d’un ravelin.
Les conditions à l'intérieur du fort sont très difficiles ; froid extrême, fumée, insectes et violence. Les employés de la Compagnie sont répartis en trois catégories : les officiers (gouverneur, sous-gouverneur, commis aux écritures et chirurgien), les hommes de métier (maçons, charpentier, forgerons, etc.) et les manœuvres (La coupe du bois occupe beaucoup de temps, car il faut quatre charrettes de bois par jour en hiver pour chauffer les pièces d'habitation).

York Factory

York Factory fut d’abord connu sous le nom de Port Nelson, en référence à la rivière Nelson. Le premier poste de traite de la Compagnie a été construit en 1682 et détruit par des commerçants français l’année suivante. En 1683, il est reconstruit. Repris et occupé par les Français de 1694 à 1714, il prend le non de fort Bourbon. En 1714, le commandant James Knight en reprend possession, le restaure et le nomme fort York.

Etablissement de l'Hudson Bay compagny vers 1780

Trappeur devant le fort Prince de Galles

Sources

Archive du Canada : http://www.biographi.ca/fr, http://www.pc.gc.ca, http://www.cmhg.gc.ca et http://www.thecanadianencyclopedia.com
Le fort Prince-de-Galles par Shirlee Anne Smith
GEO histoire Hors-Série "les français d'Amérique"
Archive de la compagnie de l'Hudson http://www.gov.mb.ca/chc/archives/hbca/index.fr.html
Expédition de la baie d'Hudson http://www.wikipedia.org

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